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Évaluation de la valeur économique de la paille et des échanges paille/fumier

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Conjoncture historique et conjoncture exceptionnelle 2022

 

 

 

La paille

En se séparant de la paille, le céréalier va exporter les minéraux et la matière organique qu’elle contient. Afin d’éviter l’appauvrissement du sol, il est donc nécessaire de compenser ces éléments par l’achat d’engrais. Le prix plancher de la paille est donc basé sur ses valeurs fertilisantes, le prix moyen des engrais simples (super 45, chlorure de potassium…) et des amendements organiques ainsi que des interventions nécessaires pour les réintégrer au sol.

 

Valeur économique des éléments fertilisants :

La paille contient essentiellement de la potasse, puis en moindre proportion du phosphore, du magnésium, du calcium…
Le calcul plancher se construit sur les valeurs fertilisantes de la paille et le prix moyen des engrais simples qui servent de base d’évaluation des unités apportées.

 

 

 

 

Prix des éléments fertilisants établis sur la base de l’ammonitrate, du Super 45 et des chlorures.
                            
Pour personnaliser l’estimation, il est nécessaire d’actualiser les prix d’engrais en lien avec la conjoncture économique.


La colonne disponibilité correspond à l’équivalence en engrais. L’azote mesuré dans la paille n’est pas disponible pour les cultures, car la paille mobilise même les reliquats d’azote du sol pour sa dégradation. Le coefficient de disponibilité de l’azote est donc nul. Pour les autres éléments 1 unité mesurée est équivalent à 1unité minérale.
On arrive donc à une valeur économique des fertilisants d’environ 10€ / tonne en conjoncture 2019 contre 17€ pour la conjoncture économique hivernale 2022 et même 19€ / tonne pour la conjoncture économique consécutive à la guerre ukrainienne.

 


La valeur économique de l’humus : 6€/tonne

En exportant les pailles, la matière organique qui constitue après transformation l’humus est donc soustraite. Il est indispensable d’estimer la perte de cette matière organique pour l’intégrer dans le prix de la paille.

En comparant les prix de vente de différents produits organiques, desquels est déduite la valeur économique des éléments fertilisants, le prix moyen de la tonne d’humus stable peut être évalué à 40-50€.

Une tonne de paille produit environ 130 kg d’humus stable soit une valeur économique d’humus comprise entre 5,2 et 6,5 € par tonne de paille exportée.


L’épandage des minéraux exportés : 5€ / tonne

Pour compenser les éléments fertilisants exportés, il est nécessaire de réaliser un épandage d’engrais et d’amendement.

Le coût supplémentaire d’épandage est évalué de 8 à 12 € par hectare soit 2-3 € par tonne de paille avec un rendement de 3 à 4 t/ha pour chacun des deux épandages.

On peut aussi prendre en compte la petite économie de carburant occasionnée par la suppression du broyage des pailles lors de la moisson. Cette économie varie entre les moissonneuses et représente de 2 à 6 litres de carburant soit 1 à 2€/t à déduire de la valeur de la paille.

 

 

La valeur économique globale : 20 à 30€

La valeur économique plancher d’une tonne de paille permettant de couvrir les frais occasionnés par les exportations est  :

  • de 20€ en conjoncture historique « 2019 »
  • comprise entre 27 et 30 € en conjoncture 2022.


Ce montant permet de couvrir les frais occasionnés par les exportations de la paille.

 

 

L’échange paille fumier

Les fertilisants organiques sont intéressants pour les éléments minéraux qu’ils contiennent et aussi et surtout pour augmenter les stocks de matière organique impactant directement la fertilité des sols.
Au niveau de l’exploitation, les systèmes de polyculture-élevage permettent de limiter l’apport de nutriments extérieurs en valorisant les effluents d’élevage comme fertilisant des cultures et les produits végétaux comme aliments pour les animaux.


Au niveau territorial, le bouclage des cycles consiste à valoriser la diversité des productions et la complémentarité entre cultures et élevage. La valorisation des déjections des animaux comme fertilisants des sols et des productions végétales comme aliments ou paillage des animaux contribue ainsi à recycler les éléments minéraux au sein du territoire, et donc à limiter l’importation et l’exportation de nutriments d’autres territoires parfois très éloignés.

Ce bouclage des cycles des nutriments peut se reconstruire entre exploitations spécialisées de grandes cultures et d’élevage avec l’échange de produits comme de la paille contre du fumier.

L’échange peut se raisonner sur une évaluation d’équivalence établit sur la valeur fertilisante, la valeur humique et le travail réalisé par chaque partenaire.

 

L’équivalence en éléments minéraux

Le coût des éléments fertilisants du fumier dépend de ses valeurs fertilisantes et donc du type d’élevage et de son stockage.

La disponibilité de la potasse et du phosphore après minéralisation est à plus ou moins long terme identique aux engrais minéraux mais en faveur des produits organiques.

Par contre la mise à disposition de l’azote est variable selon la part des formes minérales rapidement disponibles et la part des formes organiques qui peuvent se minéraliser sur plusieurs années.

On distingue ainsi des effets azote à court terme liés à la fraction minérale, des effets de l’azote organique minéralisable au cours des 2 années suivant l’apport, et enfin des effets à long terme de la fraction plus stable intégrée dans le stock d’humus stable. Ainsi, le coefficient de disponibilité de l’azote n’intègre pas cette dernière forme et varie suivant la nature du sol, l’époque d’épandage, le couvert végétal en place et l’incorporation au sol.

Ce coefficient est compris, suivant les différentes sources bibliographiques entre 0,2 et 0,7. Pour le calcul économique nous retiendrons 0,5.

 

Valeurs économiques de quelques fumiers en litière accumulée suivant la conjoncture économique :

(Les valeurs fertilisantes des fumiers sont issues de différentes sources de données : Arvalis, Chambres d’agriculture, Idele….)

 

 

 

 

En résumé,  que ce soit en conjoncture historique ou en 2022, l’équivalence économique sur la base des éléments fertilisants s’établit à :

  • 1t de paille pour 0,8 t de fumier bovin,
  • 1t de paille pour 0,6 t de fumier ovin,
  • 1t de paille pour 0,7 t de fumier caprin.

 

L’équivalence technique en valeur humique du fumier

Les teneurs en humus stable des produits organiques sont assez variables suivants les sources de données et l’avancement de la recherche en cours. Le coefficient isohumique (K1) est l’expression de la quantité d’humus stable formé en fonction de la quantité de matière sèche du produit organique apporté au sol. Il permet de donner une estimation du potentiel humique du produit organique en attendant l’élaboration d’un nouvel indicateur, indice de stabilité de la matière organique (ISMO).


Rapport d’équivalence technique en quantité d’humus :

 

 

 

Pour remplacer l’exportation d’humus d’1 de tonne de paille de céréales il est souhaitable d’apporter :

  • 1,9t de fumier bovin,
  • 1,6t de fumier ovin,
  • 1,5t de fumier caprin.


 L’équivalence en valeur économique des minéraux et de l’humus

À défaut de prix de marché de l’humus, sa valeur économique est estimée sur la base du prix de marché de produits organiques, desquels est déduite la valeur économique des éléments minéraux (N,P,K, MgO,CaO). Le prix moyen de la tonne d’humus stable ainsi obtenu peut-être évalué entre 40 et 50€. Ce prix intègre également d’autres éléments comme le soufre.

En donnant une valeur économique aux éléments majeurs des produits organiques et en restituant le fumier sur la parcelle, le rapport d’échange s’établit en conjoncture historique ou conjoncture 2022 à :

  • 1t de paille de céréale contre 1 t de fumier bovin
  • 1t de paille de céréale contre 0,75 t de fumier ovin
  • 1t de paille de céréale contre 0,8 t de fumier caprin.

 

Le travail d’épandage

Le produit organique issu de la paille prélevée chez un céréalier doit être rendu à la parcelle dans les mêmes conditions qu’aurait été la paille si elle n’avait pas été enlevée. Le transport du fumier jusqu’à la parcelle est réalisé par l’éleveur lors du curage.

Le coût d’un chantier d’épandage de fumier revient entre 4 et 8 €/tonne de fumier suivant le type de prestation, les équipements matériels mobilisés, l’organisation et la distance entre le lieu de stockage en bout de champs et les parcelles.

Si le chantier d’épandage est supporté par le céréalier, cette charge peut être compensée par du fumier supplémentaire sur la base d’une majoration de 25-35%

 

Des responsabilités


Le producteur des effluents d’élevage est responsable de l’utilisation de ses effluents jusqu’à l’épandage. L’exploitant qui utilise l’effluent est également responsable du choix de la parcelle réceptrice, du respect des interdictions d’épandage, de la durée du stockage et de l’enregistrement des épandages. Si l’élevage est soumis aux Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), l’exploitation doit posséder un plan d’épandage. Seules les parcelles présentes dans ce plan d’épandage peuvent recevoir les effluents issus de cet élevage.
 

 

Olivier PAGNOT - François DUPONT - François PERISSAT: Chambre d’agriculture de la Vienne