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Trajectoires des exploitations en bovin viande du bassin Limousin entre 2014 et 2020

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Ces dernières années, les exploitations du bassin limousin ont dû s’adapter pour faire face aux aléas climatiques, économiques ou encore sanitaires.

 

 

 

 

 

 

Ainsi, si les années 2014-2015 ont été plutôt favorables avec des prix satisfaisants et une bonne disponibilité en fourrages, les sécheresses se sont enchainées par la suite, avec deux années plus marquées en 2018 et 2020. Des aléas sanitaires ont aussi marqué la période, la FCO en 2015, la tuberculose à partir de 2017-2018 et depuis 2020 la crise du Covid.

Afin d’étudier l’évolution des exploitations durant cette période, les réseaux d’élevage Inosys Aquitaine et Limousin ont travaillé à partir d’un échantillon de fermes suivies en continues entre 2014 et 2020, en système naisseur (20 fermes) et naisseur engraisseur (11 fermes).

Vers une stabilisation des troupeaux

Concernant le troupeau, jusqu’en 2016, il a été observé une progression constante du nombre de vêlages/UMO pour atteindre 117 vêlages /UMO chez les naisseurs engraisseurs et 97 vêlages/UMO chez les naisseurs. Depuis, on note une stabilité des vêlages chez les naisseurs engraisseurs et même une légère baisse chez les naisseurs. Plusieurs causes peuvent expliquer ce phénomène, avec pour principal déterminant, les épisodes successifs de sécheresse.

Les naisseurs engraisseurs sont plus habitués aux achats que les naisseurs et ont plus de maïs et de cultures, donc plus de renouvellement de prairies. Ainsi ces systèmes ont été moins sensibles aux sécheresses et ont eu moins recours à la baisse du nombre de vache pour faire face au manque de fourrage. Pour limiter les besoins en fourrages et aliments, ils peuvent aussi ajuster le nombre d’animaux engraissés alors que les systèmes naisseurs ne disposent que des vaches comme variable d’ajustement.

Autre facteur expliquant aussi la stagnation des effectifs après des années de hausse, la saturation au niveau du travail, on arrive à un plafond du nombre de vêlages gérable par UMO.

 

Des surfaces qui continuent d'augmenter

Contrairement au cheptel qui se stabilise, les surfaces des exploitations continuent de croitre. L’augmentation a été la plus rapide entre 2014 et 2017. La proportion Surface Fourragère Principale (SFP) / SAU est restée stable sur la période, l’augmentation s’est faite de la même façon pour tous les types de cultures.

La part de maïs dans la SFP reste également stable.

La surface augmentant et le cheptel stagnant voir diminuant, le chargement sur les exploitations est en baisse. Il passe en moyenne de 1.22 UGB/ha de SFP à 1.17 UGB/ha de SFP.
Là aussi la main d’œuvre est le facteur limitant à l’agrandissement avec également des tensions sur la disponibilité du foncier dans certaines zones.

Des changements dans la composition de la main d’œuvre

Sur la période, la main d’œuvre (exploitants et salariés) reste globalement stable. La part du salariat progresse dans les exploitations et le recours à des groupements d’employeurs est de plus en plus fréquent, afin de remplacer, dans de nombreuses situations, le non renouvellement d’associés partis à la retraite. La main d’œuvre bénévole, souvent composée des parents retraités, est de moins en moins présente, ce qui peut fragiliser l’équilibre des exploitations.

Pour les systèmes naisseurs engraisseurs, la productivité de la main d’œuvre, exprimée en tonnes de viande vive produites par unité de main d’œuvre (tvv/UMO) augmente. La stabilisation du nombre de vêlages et l’augmentation des poids de carcasse des vaches et des JB produits, explique cette progression. Inversement, pour les naisseurs, on constate une stabilité de la productivité de la main d’œuvre, du fait de l’érosion du troupeau et des poids de vaches qui ne progressent pas dans ces systèmes.

Une productivité animale maintenue grâce à l’augmentation du poids des animaux vendus

Chez les naisseurs, la productivité du troupeau, étudiée à travers le critère kgvv/UGB, diminue, en lien avec une dégradation des critères de reproduction (hausse légère de la mortalité, intervalle vêlage-vêlage qui se détériore). Les poids de vente des broutards plus importants, en lien avec la demande des marchés, ne suffisent pas à combler la baisse due à la reproduction. Pour les naisseurs engraisseurs, la productivité du troupeau reste stable, voire est en légère augmentation, principalement grâce à la hausse du poids des vaches de réforme mais aussi à un vieillissement des jeunes bovins, vendus plus lourds. L’augmentation du poids des animaux provient surtout d’un travail sur la génétique du troupeau avec un accroissement du format des Limousines.

Une autonomie alimentaire difficile à tenir avec les sécheresses consécutives

Entre 2014 et 2020, les sécheresses ont conduit à une consommation accrue de fourrages stockés à cause notamment de l’affouragement estival qui s’est généralisé. Ainsi, on atteint 3tMS/UGB de fourrages distribués sur la fin de la période pour les naisseurs engraisseurs. Sachant qu’on estime à 5 tMS les besoins annuels en fourrage par UGB, les animaux sont donc nourris à plus de 50 % par du fourrage récoltés, le reste étant l’herbe pâturée. Des récoltes supplémentaires sont donc nécessaires pour ne pas avoir à acheter des fourrages.

La consommation de concentrés a elle aussi augmenté, particulièrement chez les naisseurs engraisseurs (+13 % entre 2014 et 2020). Il existe deux principales raisons à cela. La première est la distribution de concentrés plus importante pour compenser le manque de fourrage et une perte de qualité avec des conditions de récoltes pas toujours propices. La deuxième est l’augmentation du format des animaux. Des vaches avec des poids carcasses plus importants peuvent entrainer des durées de finition plus longues et une consommation supérieure de concentrés.

Ces augmentations de consommation de fourrages récoltés et de concentrés ont entrainé une baisse de l’autonomie dans les exploitations. Chez les naisseurs, l’autonomie en fourrage passe de 99.6 % en 2014 à 96.1 % en 2020. Chez les naisseurs engraisseurs, systèmes plus résilient, la baisse est moins marquée, 97.4 % en 2014 à 96.1 % en 2020.

Une structure qui pèse de plus en plus sur les résultats économiques

Les évolutions de structures et des performances qui en découlent vont impacter directement la situation économique des exploitations.

Sur la période, l’EBE reste relativement stable, soutenu par l’accroissement de la taille des troupeaux, la valorisation des aides, ou le versement d’aides exceptionnelles (aide sècheresse). Cependant, l’efficacité économique (EBE/Produit brut, en %) se dégrade, particulièrement pour les systèmes naisseurs. Ces systèmes ont la hausse de charges de structures la plus importante (+7 %), notamment à cause de l’augmentation des charges de mécanisation (entretien, carburant, amortissements).

Autre conséquence de ces évolutions, le niveau de capital nécessaire pour générer 1€ de d’EBE est en augmentation. Il faut en moyenne 8.5 à 9.5€ de capital en 2019-2020 pour générer 1€ d’EBE alors que ce montant était de 5€ en 2006. Ce niveau est 15 à 20 % supérieur à celui nécessaire en système laitier et deux fois plus élevé que le niveau nécessaire en système grandes cultures. Ces éléments posent question quant à la possibilité de transmission des exploitations et à l’installation des futures générations.

Les éléments à retenir de cette étude

Des systèmes allaitants dont la dimension semble atteindre un plafond : une conjonction de plusieurs facteurs (climat, main d'œuvre, sanitaire)

  • La décapitalisation comme alternative au manque de fourrages est réelle, notamment pour des systèmes herbagers.
  • La diversité des cultures et les orientations de production (engraissement des mâles) offrent plus de souplesse
  • Une atomisation de la production avec des conséquences sur le maintien des filières (pb logistique, coûts collecte, etc…)
     

Des performances économiques fragilisées

  • La simplification des pratiques conduit à une baisse du niveau d'autonomie
  • L'amélioration de la productivité (troupeau, main d'œuvre) n'est pas illimitée
  • Un enjeu fort autour du renouvellement des générations


Pour plus d’informations : Solène DURANT, conseillère bovin viande.

Rédaction : Réseaux INOSYS BASSIN DU LIMOUSIN